Tahar Ben Jelloun : «L’écrivain russe Fédor Dostoïevski s’est beaucoup inspiré de la culture populaire marocaine»

L’écrivain marocain Tahar Ben Jelloun, le titulaire du prix Goncourt et l’auteur de «Moha le fou, Moha le sage», s’est rendu au siège d’Akhnapress hier pour nous demander de lui publier un article sur la critique littéraire.

Nous avons profité de l’occasion pour parler un peu de la culture marocaine, la naissance de la littérature d’expression française au Maroc, et l’avenir de l’écriture francophone dans notre pays où la langue de Molière perd sa place en faveur du nouveau français marocain. Ben Jelloun est connu pour son admiration de Baudelaire, de Nietzsche et aussi de Dostoïevski dont notre interviewé nous a révélé une réalité surprenante:

«Vous savez, je suis un grand fan de la littérature russe. J’ai beaucoup lu Dostoïevski qui m’a fortement inspiré. J’ai même pris quelques passages de la traduction française de ses textes que j’ai introduits dans mes livres. Par exemple : «Quelle heure est-il? Ne me le dit pas» de mon roman «La nuit sacré», je l’ai déjà lu dans «L’idiot» de Fédor qui dit «Quelle heure est-il ? Inutile de me le dire»»

Tahar sourit méchamment puis continue : «Mais Dostoïevski lui-même s’inspire de nous. Oui des marocains, de notre culture populaire. Vous connaissez la fable de l’homme qui était dans le train, devant lui est assise une dame qui avait un chien caniche qu’elle appelait «bibit». L’homme avait enlevé ses bottes et ses pieds empestaient, la femme, ne supportant pas la mauvaise odeur, lui prend ses chaussures et les jette par la fenêtre. Irrité par cet acte, l’homme prend le caniche et le lance par la même fenêtre. La femme hurle en pleurant: «mon bibit, mon bibit». Et l’homme lui répond en souriant «ton bibit, est parti chercher mon sbibit» (sbibit signifie chaussure en français marocain). Maintenant si vous prenez «L’idiot» de Dostoïevski , Tome 1, Chapitre 9, vous aurez devant vous exactement la même histoire. Et voilà!».

Un de nos journalistes, et qui par hasard avait le roman dans son bureau, chercha le passage indiqué par Ben Jelloun, et le lit : «Soudain, sans le moindre avertissement préalable, comme si elle avait subitement perdu l’esprit, la dame à la robe bleue m’arrache mon cigare des mains et le jette par la fenêtre. Le wagon vole. Je la regarde stupéfait. C’est une femme étrange, du reste, bien en chair, grosse, grande, blonde, vermeille (trop même), ses yeux fixés sur moi lancent des éclairs. Sans proférer un mot, avec une politesse parfaite, raffinée, pour ainsi dire, je m’approche du bichon, je le prends délicatement par le cou, et vlan! je l’envoie rejoindre le cigare ! À peine pousse-t-il un petit cri ! Le wagon vole toujours.»

La ressemblance était frappante, ce qui ne laisse aucun doute sur la pertinence de la révélation de Tahar. Celui-ci nous a également convaincus de sa théorie sur la manière dont Dostoïevski avait découvert la culture marocaine à l’époque: «Ça ne peut être qu’à travers son ami Karl Marx qui a passé pas mal de temps ici au Maroc, durant son séjour sanitaire à Imintanout!».

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Dahmad Boutfounast
Je suis un journaliste sérieux et indépendant.

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