Le Maroc adopte sa propre version de la langue française et rejette le genre, l’accord du participe passé et la concordance des temps

Dans un communiqué qui fera date dans l’histoire du Maroc, le ministère de l’Education nationale annonce qu’il adopte sa propre version de la langue française, celle parlée par une majorité de Marocains, et qu’il en publiera très prochainement la grammaire.

Cette décision pour le moins inattendue intervient après la publication des résultats d’une étude commandée par le ministère et menée par la fleur des linguistes du pays. Cette étude avait d’abord pris acte du niveau catastrophique de nos chères têtes brunes en français. Le constat était d’autant plus alarmant qu’il concernait aussi une partie non négligeable des enseignants, et pas seulement les plus jeunes. Mais c’est justement cette baisse généralisée du niveau qui va mettre la puce à l’oreille de nos linguistes : il n’était pas possible que tout un peuple parle une langue de façon incorrecte. Devant la récurrence des mêmes erreurs, barbarismes et autres solécismes, une idée simple mais lumineuse se fit jour dans l’esprit de nos chercheurs : ces erreurs n’étaient des erreurs que par rapport à la norme française, au français de France. En réalité, de même que les Canadiens ont leur propre façon de parler français, de même les Marocains ont inventé la leur, ils se sont approprié la langue de l’ancien colonisateur, l’ont adaptée à leurs propres pratiques linguistiques et ont ainsi inventé une nouvelle langue, qui a sa propre logique et ses propres règles. Des personnalités politiques et religieuses se sont d’ailleurs empressées de saluer cette initiative hautement patriotique qui met fin à une dépendance qui n’a que trop duré vis-à-vis de la France.

Le professeur Hatim Lafhamat qui a dirigé l’étude nous a déclaré que cette découverte a été pour lui, en même temps qu’une révélation, un véritable soulagement : fini le sentiment de culpabilité ou d’infériorité dû à la comparaison avec la norme française. Finies aussi les mauvaises notes pour presque tous les élèves ; désormais, tout le monde aura sa chance et des élèves qui étaient considérés jusqu’ici comme faibles, deviennent, au regard des nouvelles normes, des élèves brillants, maîtrisant parfaitement la langue française à la sauce marocaine.

Les enseignants de français que nous avons interrogés sont unanimes : c’est un véritable soulagement pour eux. L’un d’eux, qui fait montre d’une maîtrise éblouissante de la nouvelle langue, nous a fait part de sa joie : «  Moi qui a d’énormes difficultés avec la langue français, je me suis soulagé quand je suis appris que je n’ai plus obligé à enseigner l’accord du participe passé ou la différence entre c’est, ces et ses qui me donner des cauchemars. Maintenant, je me sens que je suis libre. » Et en effet, « liberté » est le maître mot de la grammaire, à paraître, de la nouvelle langue inventée par nos concitoyens. Une grande flexibilité est désormais de mise : plus de distinction entre masculin et féminin, plus de règles d’accord, plus de concordance des temps, etc. Ce qui n’est pas pour déplaire aux élèves : « Je toujours peur de les examens de français, nous confie Hiba, jeune lycéenne au regard pétillant, le professeur  donne toujours des mauvaises notes à moi mais maintenant je vais deviendre la premier . »

Certains parlent de laxisme mais pour les promoteurs de cette révolution linguistique, l’essentiel est de communiquer, de transmettre un message clair. Et quand on maîtrise cette langue, tous les messages sont clairs, sauf à leur appliquer les normes linguistiques et logiques de la grammaire française telles qu’elles étaient enseignées jusqu’ici. « La France a bien simplifié son orthographe, fait remarquer Hatim Lafhamat ; nous faisons la même chose, sauf que notre réforme porte sur tous les aspects de la langue. »

Mais des voix s’élèvent pour dénoncer ce qu’elles considèrent comme « une manœuvre du gouvernement pour cacher sa responsabilité dans la détérioration, voire la réduction à néant de l’enseignement au Maroc. » Pour le professeur Aziz Lafhaymi, « avec cette mesure, la médiocrité devient la règle et la nullité est érigée en modèle. » Et d’ajouter, amer : « Cette réforme offre au peuple une langue au rabais, aux débouchés inexistants, tandis que les élites continueront de former leur progéniture dans les meilleures écoles étrangères. »

Les plus pessimistes voient le même avenir se profiler pour la langue arabe, dont la pratique s’éloigne de jour en jour des canons de la langue classique.

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Mohammed Srhir
Même quand je dis rien, je dis tout.

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